04/01/2018

Un thon rouge de 180kg pris au leurre sur chasse

Par Benjamin JACQUOT


Comme tous les jours, je m’apprêtais à prendre la mer à la recherche de nos compagnons de jeu, les « thons ». Les jours précédents avaient été corrects avec une moyenne de 4 poissons par jour sans compter les décroches et les ratés, mais j’étais loin de me douter que cette journée allait rester gravée dans ma mémoire pour de très longues années.

J’embarque ce jour-là un pêcheur aguerri Francis et son cousin Franck pour qui c’est la troisième sortie de pêche au thon sur chasse. Arrivés sur le spot de la veille, la mer est d’huile et les poissons semblent avoir désertés les lieux. Je raconte à mes deux pêcheurs ce que nous avons pris les jours précédents et insiste sur le potentiel du secteur « Il faut attendre ici, ils vont finir par monter ! ».

J’attire également leur attention sur la présence de nombreux espadons Xyphias Galdius, que nous voyons sauter mais également se déplacer en surface toutes nageoires dehors. La matinée défile sans que nous ne puissions aborder de vraies chasses de thons et il est 11h30 lorsque je propose à mes deux stagiaires de profiter du calme pour casser la croûte. Juste le temps de finir de manger que des chasses commencent à se former autour de nous. Il ne faudra pas longtemps dans ces conditions pour que Franck enregistre sa toute première touche de thon au leurre. Le combat est explosif et ce petit thon d’une trentaine de kilos est vite remonté. Pas le temps de savourer cette première victoire que nous fonçons déjà sur les différentes chasses qui éclatent autour du bateau. Elles sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus belles.

Il est 15h lorsque Franck enregistre une seconde touche. Celle-ci est beaucoup plus violente, le rush est puissant, lourd, c’est beaucoup plus gros… Le combat est rude et nous devons nous relayer sur ce poisson vraiment très énervé. Cela fait déjà une heure que la GTK 80 est au travail et le poisson marque ses premiers signes de faiblesse. Il est 16h00 pile, Franck est à la canne lorsqu’il nous montre du doigt deux ailerons qui se dirigent droit sur nous… !! « Un XYPHIAS !?!? »

Je pense alors qu’il s’agit d’un espadon et me saisit immédiatement de la canne de Francis pour lui accrocher un Dragon saruna. Le leurre est prêt, Francis, d’un sang-froid exemplaire effectue alors un lancer parfait ! Le leurre tombe à quelques mètres sur la gauche des deux nageoires qui dépassent de l’eau. Dès l’impact, c’est le remous, nous retenons notre souffle tandis que nous observons une ombre suivre le leurre. Je conseille alors à Françis de stopper son animation pour laisser couler le leurre. L’ombre disparait… et je vois Françis la canne pliée en deux. Je n’en reviens pas, il vient de ferrer ce poisson que nous supposons être un Xyphias. Je m’attends alors à le voir sauter. Une seconde, deux secondes et toujours pas de saut, le poisson met de gros coups de tête pour tenter de se décrocher. C’est alors que nous le voyons, juste là, à moins de 10 mètres du bateau, basculant la tête de gauche à droite, la gueule ouverte… Je revois cet œil énorme ! Juste le temps de dire « Merde c’est un thon géant » que le voilà parti dans un rush lourd d’une puissance indescriptible ! Nous ne sommes pas équipés pour affronter un monstre pareil. Le moulinet chante, Françis a serré son frein au maximum mais se fait littéralement vider la bobine ! Impossible de suivre le poisson dans son rush, nous sommes toujours en combat sur le poisson de Franck. Les mètres défilent, j’entends encore Françis me demander « Benjamin, qu’est-ce qu’on fait quand on a plus de tresse sur le moulinet… ? ». A ce moment précis, alors qu’il doit lui rester 10 mètres sur le moulinet, (on pouvait voir le métal de la bobine à travers les quelques tours de tresse qui restaient sur le malheureux moulinet) le thon s’arrête, fait demi-tour et revient sur nous. Un miracle ! Françis récupère toute la tresse sortie ! Le poisson recommencera une seconde fois s’arrêtant toujours quelques mètres avant la fin. Quelle chance !

Pendant ce temps, je termine le combat avec Franck sur le thon d’une cinquantaine de kilos et le décroche rapidement pour le relâcher et également nous libérer Voilà, on est prêt à en découdre avec le monstre. A ce moment-là, aucune idée de la taille et du poids qu’il peut faire, je n’ai jamais vu un poisson aussi gros !

Tout nous passe par la tête mais nous sommes loin de la vérité. Ce que nous savons par contre, c’est que nous sommes là pour un moment ! Le combat n’a rien à voir avec tout ce que j’ai pu rencontrer jusqu’à présent, les relais s’enchainent, nous sommes épuisés, nos dos nous font souffrir c’est un calvaire ! Il est lourd, il est puissant et nous avons plus l’impression de nous faire promener qu’autre chose…

Durant le combat, le poisson montera deux fois en surface à plusieurs dizaines de mètres du bateau. Nous le voyons énorme, à la fois si proche de nous mais pourtant inaccessible. Il faudra attendre près de 2h30 avant que celui-ci monte une troisième fois mais cette fois-ci, sous le bateau. Il est là énorme, épuisé, insaisissable… Pas de gaffe, pas de crochet, pas de civière, je n’ai rien pour travailler un poisson aussi gros. Impossible de l’attraper par l’opercule des ouïes comme je le fais avec les « petits thons ». Une seule solution, lui passer un lasso autour de la tête pour l’encorder par la queue. Je prends alors un bout de corde, fabrique rapidement une boucle et, alors que celui-ci longe la coque du bateau, la tête à la surface, je lui fais glisser le lasso improvisé autour du corps. Cette fois c’est bon, on l’a fait ! Incroyable !

Il faut maintenant le hisser dans le bateau, après une ou deux tentatives infructueuses par la queue, nous lui passons une corde autour de la gueule pour le hisser tête en avant. A trois, dans un dernier effort, nous finissons par le faire glisser au fond du bateau. C’est l’explosion de joie ! Nous sommes tous les trois allongés au fond du bateau écrasés sous le poids du poisson, complètement vidés et je crois que ce n’est qu’à ce moment-là que nous réalisons l’exploit que nous venons d’accomplir. Il est gigantesque, combien peut-il peser ? 150kilos ? Je n’en ai aucune idée, toujours est-il qu’il est impossible de le bouger. Nous prenons alors ses mensurations, 2,30 mètres à la fourche pour une circonférence de 1.52m la formule est sans appel, il fait plus de 180 kilos soit plus 400 lb !!! C’est incroyable, encore aujourd’hui j’en frissonne en écrivant ces lignes…


Heureusement, je disposais toujours de la bague qui m’avait été attribuée en début de saison. Bague que je réservais au cas où un poisson ne survivrait pas à un combat. C’est donc avec beaucoup de respect que je l’ai apposé sur ce poisson d’exception qui n’aurait pas survécu à ce combat à mort.
Ce poisson d’exception, borgne d’un œil, avait probablement des difficultés pour s’alimenter et bien que parfaitement profilé, il était peut-être affaibli par son handicap, augmentant nos chances de succès. D’autre part, l’un des triples du Dragon saruna (dont nous avions changé l’intégralité de l’armement) était piqué dans une branchie, ce qui la probablement asphyxié pendant le combat. Un coup de ligne ou le sang-froid, l’expérience et la chance se sont parfaitement combinées !

En fait, ce qui est beau dans notre passion, c’est que nous ne savons jamais ce qu’il peut arriver ! Il faut juste être là au bon moment, persévérer et y croire jusqu’à la dernière minute !
Personne ne sait quand le poisson de sa vie arrivera !
Ce poisson record était pour Francis, le mien arrivera un jour et le vôtre… ?

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